Inserm-Technion : le Dr Daniel Aberdam récompensé pour ses travaux sur des cellules souches iPS à partir de cheveux et pour son avancée dans la découverte d’une molécule médicament appelée PRIMA pour traiter la dysplasie ectodermale, premiers essais cliniques prévus dans deux ans

Dr DANIEL ABERDAM Dr DANIEL ABERDAM

Le Professeur Daniel Aberdam précise d’emblée : « Nos travaux représentent une avancée importante mais nécessitent de standardiser la méthodologie avant de la mettre sur le marché. Cela peut prendre encore pas mal de temps. Nous espérons dans les prochaines années proposer des cornées issues de cheveux de patients nécessitant des greffes pour lesquelles les dons sont limités. Cette méthodologie servira également de modèle pour tester la toxicité oculaire éventuelle de médicaments et de produits cosmétiques, en remplacement des tests sur l’animal.»

Le Professeur Daniel Aberdam vient de recevoir Le Grand Prix Fondation Générale de Santé pour la thérapie cellulaire et la médecine régénérative 2013 de l’Académie des sciences. Les travaux récompensés ont été développés au sein de  son laboratoire Inserm (anciennement unité 898), laboratoire associé au Technion (Israël), le Professeur Aberdam dirige donc en parallèle son équipe à l’Inserm et son équipe au Technion. « C’est grâce à l’Inserm et au Technion que nous avons pu mener à bien nos recherches » précise-t-il.

Pour Israël Science Info, le Professeur Aberdam souligne une autre avancée pour laquelle il a reçu ce prix prestigieux, « même si les médias se sont attardés sur la production de cellules cornéales, notre travail porte aussi sur une maladie rare, la dysplasie ectodermale, due à une mutation sur le gène p63. Les patients perdent la vue car leur cornée s’opacifie. Mon équipe et moi-même avons identifié une molécule capable de réparer en culture les cellules de cornée que nous avons produites à partir de cheveux de patients. Nous devons maintenant trouver les conditions  d’insérer la molécule PRIMA dans un collyre pour traiter les patients dans le cadre d’essais cliniques, idéalement dans les deux ans ».

L’équipe dirigée par Daniel Aberdam au sein de l’Unité Inserm 976 « Immunologie, dermatologie, oncologie » a réussi à restaurer in vitro la fonction des cellules de cornée saines à partir de cellules de patients aveugles souffrant de dysplasie ectodermique. Ces résultats publiés dans PNAS représentent la première étape pour tenter de restaurer la vision de ces patients.

Les dysplasies ectodermiques sont des syndromes rares caractérisés par un développement anormal de la peau et d’autres dérivés de l’ectoderme comme les dents, les ongles ou encore la cornée. Certaines formes de la maladie sont associées aux mutations du gène p63 qui engendrent la perte de la vision chez ces patients.

Daniel Aberdam et ses collaborateurs ont dans un premier temps reprogrammé des cellules de patients atteints de cécité en cellules souches pluripotentes induites (iPSC) porteuses du défaut génétique. Dans un second temps, ils ont utilisé un protocole que l’équipe avait mis au point en 2003 pour différencier les cellules souches pluripotentes en cellules de la peau et de la cornée. Cela leur a permis de vérifier que ce modèle cellulaire reproduisait la maladie puisque les cellules pluripotentes mutées ne sont plus capables de produire des cellules de cornée. « Nous avons observé que les iPSC obtenues à partir des cellules des patients atteints de dysplasie ectodermique peuvent se développer en progéniteurs ectodermiques mais ne parviennent pas à se développer plus avant en kératinocytes ni en cellules cornéennes normales » explique Daniel Aberdam. Les cellules malades, même retransformées en cellules capables de redonner tous les types de cellules possibles, conservent donc le défaut initial dans leur code génétique.

Contourner le défaut génétique
La création de ce modèle a ensuite permis aux chercheurs d’ observer finement ce qui se passait dans la cellule iPSC au moment de son engagement dans une voie de différenciation. Ils ont trouvé qu’une petite molécule, appelée PRIMA-1/APR-246, déjà utilisée en thérapie cancéreuse (1) permet de restaurer une différenciation normale.

Grâce à cette molécule, il semble donc possible d’inverser la différenciation cornéenne altérée et restaurer la voie de signalisation associée au gène p63.

« Notre étude suggère l’éventuelle capacité de PRIMA-1/APR-246 à restaurer les déficiences visuelles de certains patients atteints du syndrome de dysplasie ectodermique, capacité qui doit être testée bientôt » conclut Daniel Aberdam. Dans la mesure où la molécule PRIMA-1 est bien tolérée dans les essais cliniques en injection systémique, l’équipe envisage, avec le service ophtalmologiste de l’hôpital St-Louis, de planifier des essais cliniques sur des patients atteints de dysplasie ectodermale liée à p63.

Ce modèle cellulaire pourrait également servir de base pour le criblage de molécules- médicaments susceptibles de cibler d’autres mutants p63.

Israël Science Info